Prendre des risques, peut-être la seule chose qui nous distinguera de L’IA.


L’IA n’aurait jamais inventé l’Homme.

Cette machine biochimique qui met 20 ans au moins pour être efficace et qui n’est productive que 10% de son temps de vie dans le meilleur des cas (faite le bilan). Mais l’homme a inventé l’Intelligence Artificielle. Pour faire ce que la machine fait mieux que lui : Des calculs, des calculs de plus en plus rapides et puissants, des calculs tellement inhumains que l’IA les invente et les conduit elle-même en dialoguant avec elle-même sans plus passer par l’homme, lui qui est désormais en difficulté quand il faut retenir plus de 10 n° de téléphone. (d’ailleurs pourquoi les retenir) Cela c’est ce qu’il convient d’appeler l’« IA faible » qui est une giga combinaisons de calculs gavés de big data. Mais il commence y avoir une « IA forte » capable de développer une réflexivité qui ressemble à une conscience d’elle-même et de produire des interactions assez similaires à des émotions et qui , avec le levier des nanotechnologies et de la biologie, ouvrira peut-être la porte au transhumanisme. A’ quand un DRTH, un directeur des ressources trans-humaines ?

Prendre des risques, ce que l’IA, forte ou faible, ne fera pas avant longtemps.

sécuriser, optimiser, orienter, maximiser, surperformer sera pour longtemps la mission de l’IA que l’homme la définisse ou qu’elle se la définisse elle-même. Prendre un risque c’est courir la probabilité de la réussite comme celle de l’échec. Et la machine n’est pas programmée et ne pourra s’autoprogrammer pour échouer, même si elle sait très bien se nourrir d’un apprentissage essai-erreur, bluffer au poker et jouer au Go. Mais au-delà des probabilités et des analyses coûts/bénéfices où la machine est bien plus maline, prendre un risque, un vrai, pas un coup de dé, c’est être porté par une vision, une conviction, une intuition, c’est croire en sa chance, c’est accepter sa vulnérabilité mais ne pas s’y arrêter, c’est persévérer malgré les échecs répétés, alors que cela n’est pas raisonnable, en un mot, irrationnel. Un mot avec lequel la machine ne peut jouer longtemps.

Prendre des risques, la vraie condition de l’innovation et de la compétitivité.

L’innovation incrémentale ne produit plus de compétitivité significative car chacun suit à peu de choses près les mêmes processus d’optimisation et de réajustement à partir des mêmes données. Au mieux elle permet de se maintenir dans la compétition et de sauvegarder la performance à court terme. C’est l’innovation de rupture qui crée la différence. Elle nécessite de prendre un risque : recruter des gens vraiment différents, travailler vraiment autrement, faire confiance à des signaux faibles que personne d’autre ne voit ou ne prend au sérieux, pendre une voie a priori improbable, résister aux critiques et aux déceptions après les premiers échecs. Et comme cette innovation il faut la renouveler de plus en plus fréquemment, rapidement, radicalement, il faut donc prendre de plus en plus de risques. Et ce n’est pas la machine qui le fera, même si elle peut très efficacement éclairer et déblayer des pistes.

5 facteurs qui encouragent la prise de risque :

1- « que de choses il faut ignorer pour agir » Paul Valéry. A partir d’un certain seuil l’accumulation de données, d’informations et d’analyses paralyse l’action. Pour plusieurs raisons : plus je peux accumuler de données plus je peux donc en avoir de nouvelles, et si il me manquait encore la donnée déterminante ? Plus je sais de choses plus je suis conscient de tout ce que je ne sais pas. Les progrès de la connaissance produisent puissance 10 la mise en évidence de l’ignorance, donc produisent de l’incertitude. Enfin, plus j’ai d’analyses plus il est probable qu’elles soient contradictoires, révélant la complexité et donc l’absence de solution globale et optimale. Ce n’est pas nouveau, c’est ce paradoxe qu’essaie de résoudre l’IA faible, mais c’est vite un piège. L’aide à décision n’est pas la décision. Ou alors c’est la machine qui décide. Et la décision n’est pas l’action. Si l’homme ne sent pas au fond de lui la justesse de cette décision, ne ressent pas le besoin d’agir, l’action ne se fera pas ou sera conduite avec suffisamment de timidité et de résistances pour qu’elle n’ait pas de conséquences.

2- l’esprit critique. Il est aussi la condition de la curiosité. Au dernier forum de Davos ils étaient définis comme étant deux des principales compétences clés et insuffisamment développées. Qui l’a dit ? Était-ce la bonne question ? Pourquoi ce serait la seule solution ? Où est la contradiction ? Que me dit mon intuition ? Prendre un risque c’est faire différemment, s’autoriser à penser différemment, à penser contre la pensée dominante, y compris penser contre soi-même, et l’exprimer. Or sans esprit critique l’IA devient toute puissante, tant la puissance de ses calculs et analyses est inaccessible à l’homme et produit un résultat qu’il est confortable de considérer comme inattaquable. l’IA, nouvel Oracle.

3- Locus de contrôle interne. Locus de contrôle désigne en psychologie le lieu du sentiment de contrôle que qui arrive. Externe, ce qui m’arrive dépend essentiellement de l’extérieur, je n’y peut pas grand-chose. Interne, cela dépend surtout de moi. Dans les études PISA les adolescents français (15ans), au critère « sentiment de maîtrise de sa réussite » sont classés 58ème sur 65. Un locus de contrôle orienté interne est l’un des facteurs de la confiance en soi et de la persévérance. Deux autres critères où les adolescents français sont 62ème sur 65 dans les enquêtes PISA. Développer la prise de risque nécessite de rééquilibrer son locus de contrôle vers l’interne, sinon les premiers échecs mettent fin à l’action et l’absence de confiance en soi, de conscience de soi, ne permet pas l’agilité nécessaire pour se repositionner et agir à nouveau. Mais ce n’est pas facile, c’est un paramètre assez robuste qui a été puissamment nourri par l’éducation et le milieu culturel, et inversement l’excès de locus externe peut conduire à la toute-puissance, à l’aveuglement et à l’incapacité à lâcher prise.

4- La bienveillance. Difficile de prendre durablement des risques dans un climat de méfiance. La bienveillance, y compris vis-à-vis de soi-même, nourri la confiance en soi et dans le système dans le lequel on agit. C’est aussi une condition de la curiosité, donc de la créativité. La bienveillance est facile à invoquer mais difficile à mettre en œuvre. Elle nécessite dans la durée d’accepter sincèrement d’autres raisonnements, d’autres actions que ceux que l’on aurait soi-même menés. La bienveillance, c’est veiller au bien de l’autre. Donc reconnaître qu’il est autre, différent, et c’est précisément cette condition de la différence qui fait que moi aussi je suis unique. C’est ce qui construit l’autonomie, encore faut-il reconnaître la légitimité de l’autonomie de l’autre. C’est tout l’enjeu réel de la délégation.

5- Le droit à l’échec, car il y a désormais un devoir de prise de risque. Dans ce monde défini comme complexe, incertain, volatil et adverse (VUCA) la seule rationalité n’est pas suffisante pour réussir. Il faut prendre et reprendre des risques et donc accepter positivement la valeur de l’échec. Le droit à l’échec, comme la preuve que l’on a réussi à prendre un risque. Et non le « droit à l’erreur », car l’erreur dans notre société est directement associée à une incompétence ou synonyme d’une faute, donc d’une culpabilité. Tout cela est parfaitement développé dans le récent ouvrage de Charles Pépin, « les vertus de l’échec ».

La liberté de notre avenir.

Pour renverser le titre de l’ouvrage de Jean-Hervé Lorenzi et Mickaël Berrebi, la liberté de notre avenir dépend de notre capacité individuelle et collective à ne pas être aveuglément déterminés par les propositions ou les injonctions de l’IA et de ceux qui la fabriquent et la maîtrisent. Prendre des risques est sans doute la meilleure façon d’affirmer notre humanité. C’est peut-être cela le propre de l’Homme, accepter sa faillibilité et celle de l’autre et néanmoins se faire confiance pour quelque-chose qui est incertain, flou et difficile mais qui semble en valoir la peine.

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